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LE NORD EN GUERRE
1914-1918
Le monument aux morts de Lille


 

    Il n’est probablement pas de monument plus contesté à Lille que celui qui commémore les tragédies de la guerre 14-18. Dès son origine, le choix de l’emplacement, les thèmes des scènes sculptées et la dédicace sont l’objet de polémiques qui durent encore aujourd’hui. Il est adossé aux vestiges de l’hôtel de ville incendié en 1916 à la place occupée par l’ancienne salle du Conclave. L’architecte municipal Charles Benvignat dans la première moitié du XIXème siècle avait ajouté à l’hôtel de ville déjà exigu, vétuste et incommode, des corps de bâtiments austères qui occupaient et fermaient complètement la place. Après l’agrandissement de Lille en 1858, la mairie constituait un obstacle à la circulation entre l’ancien centre et le nouveau. Aussi, la question de sa reconstrule monument aux morts de Lillection est-elle au centre des débats sur l’aménagement de la ville. Le syndicat d’initiative " Les Amis de Lille " qui déjà pendant l’occupation, avait travaillé sur le thème de l’aménagement urbain, suggère de ne reconstruire que la salle du Conclave pour laisser la circulation libre. La municipalité socialiste de Gustave Delory décide de déplacer la mairie dans le quartier St-Sauveur et de ne pas reconstruire l’ancien bâtiment édilitaire. Seule la chapelle du palais Rihour encore debout, est conservée et, en 1924, le conseil municipal décide d’y implanter le monument aux morts et lance un concours. Le 27 décembre 1924, le projet Melancolia présenté par l’architecte Jacques Alleman et le sculpteur Edgar. Boutry est adopté, après quelques modifications. Les scènes historiées doivent représenter les épisodes les plus dramatiques de la guerre à Lille : les fusillés lillois, l’explosion des Dix-huit Ponts, les otages civils et l’exécution du Belge Léon Trulin. Or dans la perspective de créer une sorte de circuit commémoratif de la Grande Guerre, on décide aussi de multiplier les monuments : aux Fusillés lillois au débouché des boulevards Vauban et de la Liberté, aux Pigeons voyageurs à l’entrée du Bois de Boulogne, à Louise de Bettignies au départ du Grand Boulevard, aux Dix-huit Ponts à l’extrémité de la rue de Douai, programme réalisé très progressivement et complété par la statue équestre du maréchal Foch en 1936. Les scènes du monument aux morts sont donc remplacées par des tableaux moins particularistes et plus allégoriques : la Paix, la Relève et les Captifs, manière de donner aussi satisfaction aux anciens combattants dont le rôle est ainsi davantage magnifié. On garde cependant la dédicace " Aux Lillois, soldats et civils, la cité a élevé ce monument afin de rappeler au cours des siècles l’héroïsme et les souffrances de ses enfants morts pour la Paix ". Certains réclament la " Patrie " plutôt que la " Paix ", mais la municipalité socialiste soucieuse de ne pas se laisser enfermer dans le nationalisme maintient la dédicace. Les critiques les plus vives portent aujourd’hui sur l’emplacement du monument qui masque les derniers vestiges du palais que Philippe le Bon fit bâtir au XVème siècle, un des rares bâtiments médiévaux subsistant à Lille. Or l’architecte Alleman a pris en compte le site pour mettre en scène son monument. Une grande croix de pierre Pouillenay rose s’appuie sur la chapelle du palais ducal et ferme la perspective de la rue des Manneliers. De la Grand-Place, elle donne l’impression d’être alignée sur la hauteur du rang de maisons du XVIIème siècle, avec un rappel de la corniche supérieure de la façade. Plus le promeneur s’approche, plus au contraire, l’édifice est écrasant. Le palais Rihour déborde à droite, une arcade et le départ d’une seconde subsistent à gauche, témoignages de l’incendie. La végétation s’épanouit, recouvrant partiellement les vestiges. Chaque élément est un symbole : le palais Rihour évoque Lille et la grandeur bourguignonne, le monument en pierre rappelle les sacrifices, les ruines les destructions de la guerre, la végétation est un signe d’espoir, un appel à la vie et à la renaissance. L’effet monumental et pathétique est à la mesure des traumatismes vécus. L’architecte qui a lui même servi dans le 418ème régiment d’infanterie a, d’Ypres à l’Aisne en passant par Verdun et la Somme, connu pendant 4 ans l’horreur des champs de bataille. Son monument aux morts lillois, entre passé et futur, semble exiger une rupture, pour que des ruines et des sacrifices naisse un monde pacifié.

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