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LE NORD EN GUERRE
1914-1918
La malnutrition


Créée d’abord pour venir en aide aux Américains surpris par la guerre en Europe, la Commission for Relief in Belgium est fondée à Bruxelles, le 22 octobre 1914, par l’américain Brand Whitlock, le marquis de Villalobar, ambassadeur d’Espagne et l’ingénieur britannique Herbert Hoover. Les fonds sont fournis par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le Comité d’alimentation du Nord de la France n’est créé qu’en avril 1915. C’est dans les premiers mois de cette année que l’industriel lillois, Louis Guérin entre en contact avec le Comité National Belge et l’American Comitee for Relief in Belgium. En avril 1915, il obtient l’accord des Allemands qui trouvent là un moyen de se débarrasser du ravitaillement des civils français et s’engagent à ne pas réquisitionner les denrées fournies. La C.R.B. joue le rôle d’un commissionnaire en marchandises qui expédie les denrées qui lui ont été commandées. Le Comité National Belge est le réceptionnaire et le transporteur et le Comité d’alimentation du Nord est le distributeur qui répartit les denrées entre les comités de districts établis dans les principales villes et les comités locaux installés dans chacune des communes envahies. Les marchandises sont payées par le Comité Belge (le CANF ne peut faire sortir des devises du Nord). Mais il s’agit en fait d’une institution philanthropique. Dans son premier rapport annuel, Hoover compare le Nord " à un vaste camp de concentration dans lequel toute espèce de vie économique est totalement suspendue " et où il faut secourir 2 125 000 personnes. Les Etats-Unis envoient des navires chargés de vivres à Rotterdam, au dépôt principal, puis ces vivres sont répartis au niveau local. Ils y arrivent généralement par eau, les voies ferrées étant réservées à l’Armée. Ces magasins d’approvisionnement sont indépendants des autorités allemandes qui se sont engagées à ne pas réquisitionner les denrées et à les consacrer exclusivement à la population française. Les Allemands ont également apporté leur aide au transport. Dans le Nord, il y a 3 districts : Lille, Douai et Fourmies (Maubeuge est d’abord ravitaillé par la Belgique). Chaque district est divisé en régions avec un comité régional. Près de la moitié des vivres fournis (42 %) viennent des Etats-Unis, 25 % des colonies britanniques, 24 % de Grande-Bretagne et 9 % des neutres (notamment les Pays-Bas). Il s’agit surtout de farine, de froment, maïs, riz, pâtes, haricots, lard, graisse et huile, sel, sucre, café ou savon. Par la suite, on y ajoutera des pommes de terre venues de Hollande, des plantes potagères, des semences, des produits spéciaux pour les enfants ou des médicaments. En moyenne en 1916, chaque habitant touche par jour : 240 g de farine, 14 g de maïs, 60 g de riz, 48 g de lard ou de viande en conserve, 15 g de sucre, 19 g de café, 19 g de lait et 16 g de savon. On estime à 1100-1300, les calories/jour fournies à chaque habitant par le Comité. La répartition entre les habitants est faite sur un strict pied d’égalité; ceux qui peuvent payer achètent ces produits, les indigents sont nourris gratuitement. Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, le comité hispano-néerlandais prend la relève. Le développement de la guerre sous-marine met en danger le ravitaillement, les arrivées à Rotterdam chutent de 55 %. On intensifie alors les fournitures par la Hollande et on distribue surtout des semences pour mettre en culture les jardins, les Allemands s’engageant à ne pas réquisitionner graines ou récolte. Le Comité participe également, à la fin de la guerre au rapatriement de 40 000 personnes, via les Pays-Bas et s’efforce de ravitailler les autres évacuées par les Allemands. Le C.R.B. est dissout à la fin du mois de décembre 1918, il a sauvé de la famine la population du Nord. L’état sanitaire de la population laisse cependant fort à désirer. Selon Calmette, directeur de l’Institut Pasteur de Lille, la mortalité est passée de 19-21avant la guerre à 41-55 ‰ en 1918 et la tuberculose a fait des progrès foudroyants.

 

Beurre de Guerre

Préparation : 1 oeuf, 50 g de bon beurre, 25 g de fécule, 25 g de farine, ½ l. de lait. Délayez parfaitement la fécule, la farine et le jaune d’oeuf avec le lait préalablement bouilli mais refroidi. Passez le tout au travers d’une fine passoire dans une casserole, ajoutez le blanc d’oeuf battu en neige et le beurre préparé. Mettez au feu sans cesser de tourner le mélange, faites bouillir quelques minutes jusqu’à consistance d’un beurre ordinaire. Bien saler. Le beurre de guerre doit être consommé dans les 4 jours.

 

Epinards économiques

Avec les feuilles de rhubarbe dépouillées de leurs côtes, procédez exactement comme pour les épinards, c’est à dire : les laver soigneusement, les cuire à l’eau bouillante salée, les bien rafraîchir et les presser ; ensuite les hacher et les assaisonner de beurre, sel, poivre et d’un peu d’ail ; ajoutez une branche de thym. On peut se dispenser d’y mettre de l’oseille. Délicieux aussi un mélange de moitié d’épinards économiques et moitié purée de pomme de terre.
Dans Marmiton, 150 recettes économiques de guerre imprimé à Lille, s.d.

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