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LE NORD EN GUERRE
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La reconstruction doit parer au plus pressé : réaménager le centre et faire redémarrer lindustrie dans le quartier de Moulins ravagé par lexplosion. Lurgence et les difficultés financières ont
Lille, commerces installés dans des baraquements provisoires, place de la Gare
Grand hebdomadaire illustré du 2 novembre 1919
imposé des solutions parfois contestables. Dans le quartier de Moulins, les usines et les logements sont reconstruits presque à lidentique. En particulier, le système de la courée est conservé. Certes, certaines améliorations y sont apportées : les logements sont généralement agrandis par ladjonction dun étage. Mais aucune politique urbaniste nest entreprise. Ainsi, la rue de Ronchin (aujourdhui rue Jean-Jaurès), entièrement reconstruite après guerre semble sortie du XIXème siècle. Au centre-ville, les élargissements et les percées sont limités. La lenteur de la reconstruction est régulièrement dénoncée par la presse et les riverains. Le principal problème est lindemnisation des propriétaires dimmeubles encore debout dans des secteurs en grande partie détruits. Ainsi pour élargir la rue de Béthune il aurait fallu détruire un côté de la rue, lautre ayant été bombardé. Or, contrairement à ce qui sest pratiqué à Cambrai, lEtat refuse dassumer le coût des expropriations et le projet délargissement doit être abandonné à la fin des années 20. La priorité est donnée à la reconstruction de la rue Faidherbe. Malgré les techniques modernes du béton armé, le décor en reste inchangé, totalement inspiré par léclectisme bourgeois du XIXème siècle. Il faut

Chantier de la rue Faidherbe
à Lille
Dans le Monde illustré, la Reconstitution des régions dévastées
aller dans les rues adjacentes pour découvrir quelques immeubles originaux marqués par lexpressionnisme. Linfluence des Arts décoratifs est très sensible dans limmeuble de la rue de lHôpital militaire dû aux architectes Louis-Marie et Louis-Stanislas Cordonnier, père et fils. Le soin apporté au choix des matériaux et la qualité du travail sur les reflets sont des plus remarquables.
La paix, le traité de Versailles, la promesse de réparations font cependant naître à Lille lespoir dun aménagement urbain rationnel dans une cité marquée par lindustrie. La loi du 19 octobre 1919 qui déclasse enfin la place forte de Lille autorise le démantèlement de lenceinte fortifiée . 400 hectares viennent sajouter aux 700 de la ville intra-muros. Déjà pendant la guerre, les " Amis de Lille " ont mis en place une commission daménagement. La municipalité socialiste reprend le projet et lance le 3 mai 1920 un concours didées dont les lauréats -Jacques Greber et Louis-Stanislas Cordonnier- sont finalement écartés au profit dEmile Dubuisson. Le plan daménagement et dembellissement de 1921 sorganise autour de quelques grandes contraintes imposées en fait par la municipalité. Lobjectif essentiel est de recentraliser la cité autour de son hôtel de ville reconstruit en plein coeur du quartier ouvrier de Saint-Sauveur. Le recul de la gare et sa transformation en gare de passage va dans le même sens : élargir le centre existant. Les déplacements à lintérieur et autour de la ville doivent être améliorés par la création dun double système de circulation : il est prévu dachever lanneau intérieur par le percement dune artère au ras de la cathédrale Notre-Dame de la Treille ; un boulevard circulaire doit prendre la place des remparts et former la colonne vertébrale de la ceinture verte ; un nouvel axe est envisagé qui aurait relié Lille et Armentières à lamorce du Grand-Boulevard Lille-Roubaix-Tourcoing. Le déplacement de lhôtel de ville et le percement de nouvelles artères sont loccasion dopérations dassainissement : on prévoit de raser le quartier Saint-Sauveur réputé pour son insalubrité et la municipalité commence à racheter aux particuliers les indemnités de dommages de guerre. Les réalisations ne sont pas à la mesure des espérances. Le démantèlement absorbe une bonne partie du potentiel financier de la ville. Le plan de 1921 aurait dû être le modèle dune gestion locale renouvelée mais il manque daudace, il reprend les recettes de lurbanisme du XIXème siècle : destruction et assainissement du tissu ancien, recentrage de la cité et amélioration de la circulation. Les idées neuves du projet de Jacques Greber et Louis-Stanislas Cordonnier où lon décèle à la fois linfluence des idées de Tony Garnier et celles du modèle anglo-saxon sont totalement abandonnées.
Lessentiel de la réalisation du plan de 1921 a été la construction de lhôtel de ville qui est au coeur du dispositif urbain imaginé par Emile Dubuisson et le symbole du rêve dun monde nouveau sorti de la guerre. Le bâtiment est implanté sur le square Ruault à quelques pas de lendroit où a été composée lInternationale. Un réseau de voies rayonnantes doivent mener à la nouvelle gare de passage, à la Grand-Place et à la place de la République. Un nouveau quartier est prévu qui sinspirerait de loeuvre dEmile Dubuisson. Les perspectives ainsi créées solenniseraient lédifice projetant le beffroi au firmament de la puissance retrouvée. Ce projet sinscrit dans les débats idéologiques et politiques de laprès-guerre. Privés de marxisme par lexaltation de la Nation et par lUnion sacrée, certains chefs de la SFIO cherchent à redéfinir leurs aspirations politiques. Linfluence américaine est perceptible dans toutes les dimensions. La taille de lédifice (104 m pour la " rue municipale ", grande galerie de laile administrative) ne sexplique que dans la perspective de la constitution du Grand Lille, vaste agglomération, seule capable dimposer la ville comme capitale. Or il ne sagit pas uniquement dune question territoriale ; à limage du système administratif très décentralisé des pays anglo-saxons, les villes verraient leur pouvoir étendu aux services sociaux, à léducation ...
Tout dans le décor trahit aussi linfluence des grandes banques américaines : vastes halls, comptoirs largement ouverts, même les pendules dénotent cette exactitude supposée du géant américain, champion déjà de la logistique.
Sommaire/La mobilisation /Exode des populations /Le siège de Lille /Le poilu /Les grandes batailles du Nord /pillages et réquisitions /La malnutrition et le comité d'alimentation du Nord /Otages et déportation /L'explosion des Dix-Huit Ponts /le cantonnement allemand /La presse allemande /Vivre à l'allemande, les loisirs /Exhibition de prisonniers de guerre /Parades militaires /Les bombardements /Réfugiés /Evacuation forcée et terre brûlée /Libres ! /L'enfer du Nord /Remise en état du sol /Les voies de communication /Reconstitution industrielle /Le problème du logement /La reconstruction urbaine : l'exemple de Cambrai /La reconstruction urbaine : l'exemple de Lille /Le monument aux morts de Lille