Femmes, travail, famille à Fourmies

L'ouvrière textile

Sortons de l'usine

Être femme sous l'occupation à Fourmies

B ) Les ouvrières envoyées au STO.

1) Qui part ?

En feuilletant les archives municipales de Fourmies, on peut tomber sur une information stupéfiante : près d’une centaine de femmes de Fourmies et ses environs sont parties travailler en Allemagne dans le cadre du Service Obligatoire du Travail en 1942-1943.

Il est vrai que dans la pensée commune et même dans les livres d’histoire, ce sont surtout les hommes qui y sont partis. Nous trouvons dans la série H64 une liste de femmes répertoriées et classées selon des critères précis : nom, prénom, date de naissance, situation de famille, travail, nationalité et région d’origine. La plupart de ces femmes sont nées entre 1917 et 1925. Elles ont donc entre 20 et 25 ans.

2) Les conditions de vie et de  travail.

Ces femmes sont jeunes et peuvent donc supporter des conditions de travail et de vie très dures. C’est en tout cas ce que pensent ceux qui les embauchent. En témoignent les emplois qui leur sont attribués et les horaires de travail :

·        Ouvrière dans la métallurgie, 48h par semaine/  salaire : 0, 52 Reichmark par jour.

·        Ouvrière textile en Bavière, 48 h par semaine, salaire fixé en fonction du tarif.

·        Manœuvre dans une entreprise de produits chimiques ( notamment de la dynamite ) en Westphalie : 53h de travail par semaine, pour 22 à 24 Reichmark par mois.

Ces ouvrières sont envoyées dans des usines d’armement, qui représentent le nerf de la guerre. Cela entre dans le cadre de la collaboration économique instaurée par le régime de Vichy et les nazis. Les principales régions où les ouvrières de la région de Fourmies sont envoyées sont le Nord de l’Allemagne, la Saxe et la Bavière. La plupart des ouvrières qui partent sont célibataires.  Elles partent dans l’espoir de toucher la grosse prime promise, avec l’appui et le soutien de leur famille. En effet, la propagande de Vichy promet beaucoup à ceux qui partent :

 

« Ouvriers, ouvrières,

Vous qui voulez un emploi stable

Vous qui voulez un salaire digne de votre travail

Vous qui voulez que votre famille soit à l’abri du besoin

Renseignez-vous dès aujourd’hui à l’office de placement allemand.

L’Allemagne offre de devenir l’ouvrier qui, par son labeur, aidera à la reconstruction de l’Europe nouvelle.

Vous travaillerez dans la dignité et sous la protection du gouvernement français qui a créé pour vous et les vôtres le “ service de la main-d’œuvre française en Allemagne”. »

( affiche STO, AMF, H72 )

Mais ce n’est évidemment pas le paradis qui les attend en arrivant en Allemagne. Nous venons de parler du temps de travail et du salaire. Sans compter les vapeurs qui peuvent se dégager dans les usines chimiques et les conséquences sur la santé. Mais d’autres problèmes apparaissent :

·        Les couples qui partent pour la même usine ne peuvent pas loger ensemble.

·        Beaucoup d’ouvrières ne reçoivent pas le salaire prévu.

·        D’autres sont sévèrement critiquées : plusieurs billets de retour portent la mention « moralisch verkommen » (  que l’on peut traduire par : « possède des mœurs dissolues » ) ou « nicht lagerfähig » ( que l’on ne peut pas placer )

Cette lettre ( datée du 9 juillet 1942 ) adressée au père d’une ouvrière, dont la famille était sans nouvelle est évocatrice :

« La direction de l’usine pour laquelle votre fille avait été embauchée nous a répondu que votre fille étant sale et remplie de vermine, ils avaient dû se passer de ses services. Elle a été remise au bureau de placement de la ville dans laquelle elle se trouvait ».

 AMF, H62