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LES PREMIERS ÉLANS

L'ÉCHAPPÉE SPORTIVE

Le gymnase La gymnastique

 

Le gymnase de la place Sébastopol à Lille est construit entre 1880 et 1882, dans l’élan de la création de l’Association Régionale des Gymnastes du Nord.

L’organisation de la salle témoigne des conceptions de l’entraînement dans les années 1880, en même temps qu’elle matérialise un projet pédagogique, philosophique et politique.

Aucun nom d’architecte n’apparaît sur les plans conservés aux Archives du Nord. Le bâtiment est assez classique. Il est construit sur un terrain situé en cœur d’îlot, ce qui explique le long couloir qui mène du portail d’entrée à la salle proprement dite. La forme irrégulière de la parcelle est utilisée par le constructeur pour installer un troisième escalier dans le triangle qui vient s’ajouter au fond de la salle.

La structure du bâtiment est simple : une verrière à armature de métal est soutenue par une série de piliers métalliques. Les pentes de la verrière et des toitures annexes font converger les eaux de pluie vers les piliers qui servent par l’intérieur de descente d’eau, évitant ainsi le report à l’extérieur des murs de l’évacuation des eaux pluviales.

Les colonnes délimitent au sol un plateau de 21 m sur 11 m, qui ne comporte donc aucun obstacle et qui peut être aménagé au gré des nécessités. Les piliers servent aussi " de soutien pour installer les barres de suspension et d’appui ainsi que les poutres d’équilibre sans aucune gêne pour les évolutions ". Le plateau est entouré au rez-de-chaussée d’une piste et à l’étage d’une galerie circulaire, qui se trouve sous une toiture classique inclinée à l’opposé de la verrière. Le double plafond n’existe pas et la salle développe toute sa hauteur : 6 m sous la galerie et 13 m au faîte de la toiture.

Le plateau central favorise le travail en vague des gymnastes. Loin de souhaiter la performance, la gymnastique du 19e siècle cherche à coordonner les mouvements de façon régulière et harmonieuse. Les gymnastes sont alignés en colonnes ou vagues, espacées régulièrement. Les piliers métalliques, distants de 4 m sur la longueur et de 3,5 m sur la largeur, favorisent la mise en place d’une telle organisation. A la tête de chaque colonne, le moniteur place les élèves les plus doués de sorte que les suivants puissent imiter leur mouvement et leur aisance. La piste circulaire permet à chaque élève de revenir à son point de départ à l’origine de la colonne ; c’est une phase de récupération appelée contre-vague. De la galerie, le spectateur ne peut voir que les déplacements sur le plateau et ne doit contempler qu’un mouvement régulier et harmonieux. Le maître de gymnastique peut, selon les nécessités de sa progression, se placer soit sur la piste du rez-de-chaussée et atteindre rapidement les élèves qu’il souhaite conseiller, soit dans la galerie, qui est ouverte, pour observer le mouvement d’ensemble.

La grande hauteur de la salle est calculée pour permettre les exercices de danger : les cordes et les perches s’accrochent à la poutrelle de métal qui joint les piliers. Une passerelle d’apprentissage du vide peut être installée au travers de la salle. Il est difficile de savoir si des installations pouvaient être accrochées sur la verrière à 13 m au-dessus du sol .

La hauteur de la salle est aussi une question hygiénique. La salle est en effet éclairée par la lumière naturelle grâce à la verrière. La disposition des panneaux de verre avec un entrebâillement crée une aération naturelle et permanente qui n’est plus visible aujourd’hui. Le double plafond a probablement été construit pour pouvoir chauffer la salle ; au même moment, la galerie a été fermée pour des raisons analogues. A l’origine, lumière naturelle, aération permanente, absence de chauffage et vaste volume sont considérés comme une nécessité.

Des vestiaires et des locaux administratifs s’ajoutent à la salle principale. Le bâtiment n’est équipé ni de douches ni de lavabos, qui ne sont pas d’usage courant vers 1880.

Le gymnase est conçu pour pratiquer les exercices qui vont développer les qualités essentielles de la gymnastique. Les exercices collectifs et coordonnés d’inspiration militaire favorisent l’entraide et la solidarité à l’opposé de la compétition, qui est l’un des fondements du sport. Les exercices de danger sont pratiqués grâce aux cordes, aux perches, aux passerelles ou aux échelles de corde. Ils développent le goût du risque.

Le gymnase est le reflet d’une conception de la gymnastique, qui a été introduite en France par le colonel Amoros (1770-1848). Elle a été développée, en France, sous le nom de méthode française par l’école militaire de gymnastique de Joinville-le-Pont, fondée en 1852. C’est là qu’ont été formés la plupart des moniteurs d’éducation physique jusqu’à la seconde guerre mondiale.

S’inspirant des théories de Pestalozzi, lui-même disciple de Jean-Jacques Rousseau, Amoros affirme que le but de la gymnastique est essentiellement moral : " la bienfaisance et l’utilité commune sont le but principal de la gymnastique ; la pratique de toutes les vertus sociales, de tous les sacrifices les plus difficiles et les plus généreux, sont ses moyens ; et la santé, le prolongement de la vie, l’amélioration de l’espèce humaine, l’augmentation de la force et de la richesse individuelle, sont ses résultats positifs ".

L’œuvre mérite une certaine solennité. Le porche d’entrée est décoré d’un blason aux armes de la cité. Son élévation montre l’importance qu’accordent ses fondateurs au nouvel établissement. Outre les cours de gymnastique, le gymnase doit abriter les associations de gymnastique, les grandes fêtes et éventuellement les banquets. Autour de l’exercice physique, se développent ainsi des pratiques sociales caractéristiques de la république naissante. Tout en restant apolitiques, les associations se fondent sur une vie démocratique interne qui fait école. L’association est aussi une pédagogie de la démocratie alors nouvellement créée.

Conçu pour incarner les ambitions de la République, le gymnase Sébastopol accueille, dès son origine, une activité intense orientée par la gymnastique et les œuvres laïques.

Le gymnase de la rue Chanzy à Roubaix a une réalisation intérieure plus soignée mais reflète les mêmes préoccupations. C’est un bâtiment classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, qui sert aujourd’hui de salle de théâtre.

La publicité pour la corderie Wroman à Roubaix montre les agrès qui sont alors utilisés dans les gymnases.

vues du gymnase

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vues du gymnase
Gymnase Sébastopol à Lille, 1880, O 357/1141

Gymnase Sébastopol
Gymnase Sébastopol à Lille, 1880, O 357/1141

Corderie Wroman
Publicité pour la corderie régionale J. Wroman, 1895, Ravet-Anceau, p.475