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DUNKERQUE 1914-1918 Une ville à l'arrière du front |
PHOTOGRAPHIE DE LA REINE DES BELGES, ELISABETH , AVEC DES OFFICIERS DU QUARTIER GENERAL DE LARMEE BRITANNIQUE.

La course à la mer qui sengage au lendemain de la bataille de la Marne montre à quel point il est vital pour chacun des deux camps davoir la maîtrise du littoral. La position du port de Dunkerque, au bord de la mer du nord, face au Royaume-Uni et en arrière du front de lYser devient fondamentale. Cest par notre ville quarrivent dès septembre 1914 les premières troupes anglaises. Des camps provisoires formés de tentes sont installés sur la zone des glacis et les Dunkerquois y trouvent un but agréable de promenade. Les régiments anglais partent rapidement pour le front et la présence britannique se concentre alors dans la marine et laviation.
A partir doctobre 1914, ce sont des masses de réfugiés Belges, affamés et paniqués qui déferlent sur la ville. Plus de 20 000 civils, fuyant lavance allemande, arrivent en longeant la mer par les dunes. Ils sont hébergés partout où cela est possible : dans les écoles ( collège Jean Bart, collège des Dunes, écoles communales, bourse de commerce, hôtel des pompiers, société de gymnastique, salle des fêtes) mais aussi chez les particuliers. Les services du ministère Belge de la guerre sinstallent au premier étage de lhôtel de ville. La municipalité prend des mesures durgence et fournit de la soupe, du pain et du café aux populations démunies. Les fourneaux économiques, organisation municipale, offrent gracieusement des milliers de repas. En réponse aux remerciements répétés du ministre belge de la guerre, Henri Terquem rappelle " limmense et inestimable service quen se sacrifiant la Belgique a rendu à la France " . Le principal souci est cependant lévacuation rapide vers louest de ces familles qui ne peuvent, place militaire oblige, rester plus de 36 heures dans nos murs. De nombreux trains spéciaux sont mis en place , quelques chefs de famille obtiennent cependant un permis de séjour pour travailler sur place en tant que mécaniciens, électriciens ou chauffeurs. Cette entraide renforce les liens entre les deux peuples de Flandre, une correspondance régulière sétablit entre les autorités belges et le maire de Dunkerque et la fête du roi Albert Ier est loccasion chaque année dun Te Deum à léglise Saint-Eloi . Le 12 septembre 1917, la reine des Belges se rend dans notre ville pour honorer les soldats belges tués dans le bombardement dun train en gare de Rosendaêl. Elle rend visite lors de ce voyage aux représentants des autres armées alliées.
Les relations avec les autorités anglaises ne sont pas toujours aussi cordiales et de sombres marchandages au sujet du montant de loctroi enveniment les rapports entre la municipalité et lautorité militaire britannique. Les communes où séjournent des troupes anglaises réclament , pour éviter un compte minutieux des marchandises amenées par ces militaires , un abonnement individuel de 14 francs par tête et par an. Larmée anglaise, compte tenu des services que sa présence rend à ces villes, nentend pas dépasser 1 franc 25! Après de nombreux conciliabules, on finit par saccorder sur la somme de 6 francs. Sur le port, le partage de responsabilités entre la marine française et lamirauté britannique nest pas non plus évident .En avril 1916, pour clarifier la situation lamiral Ronarch est chargé dorganiser la défense de lensemble de la zone littorale nord. Cependant Dunkerque reçoit aussi la visite du souverain George V qui , le 5 juillet 1917, rencontre les aviateurs anglais de laérodrome de Saint-Pol-sur-Mer.
Laccueil fait aux soldats américains qui arrivent à Dunkerque à partir de lété 1917 est autrement chaleureux. La ville pavoise pour célébrer la fête de lIndépendance américaine et des indications en anglais sont ajoutées sur les poteaux indicateurs. Le conseil municipal décide en outre, à lunanimité, lexemption des droits doctroi sur les produits importés dans la ville pour les besoins de larmée américaine. Pour justifier cette décision qui aurait pu paraître à certains bien injuste, il rappelle les liens étroits qui ont uni corsaires américains et dunkerquois lors de la guerre dIndépendance. La moitié des navires armés en course pour ce conflit lavait été à Dunkerque et le plus célèbre corsaire doutre mer, Luc Ryan, avait reçu ses lettres de bourgeoisie dunkerquoise. Aussi conclut-il : " Il serait anormal et , disons le mot mesquin, que les descendants de ceux qui accueillirent les marins luttant pour lindépendance et qui combattirent avec eux, demandent aux Américains daujourdhui une taxe quelconque lorsque ceux-ci viennent, dans un geste chevaleresque, acquitter une dette de reconnaissance"