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DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

LE ROLE DU PORT

 

 

PHOTOGRAPHIE D’UN BATEAU FRIGORIFIQUE ANGLAIS DECHARGE POUR L’ARMEE. LE 4 JUIN 1918.

 

bâteau

 

Dès le début du conflit, le port de Dunkerque, par sa situation, est amené à jouer un rôle de premier plan dans le ravitaillement de la région, mais aussi de l’armée engagée sur le front de l’Yser, de Nieuport à La Bassée. Il devient rapidement l’immense magasin de l’armée des Flandres, capable de fournir les rations quotidiennes à plus de 200 000 hommes et 60 000 chevaux. Par trains et bateaux entiers, les réserves arrivent sur la zone portuaire où elles sont stockées : farine, riz, sel, sucre, café, tabac, conserves pour les hommes mais aussi foin et avoine pour les chevaux. 3 000 bœufs sont ainsi parqués sous surveillance militaire à Saint-Pol-sur-Mer, assurant de la viande fraîche aux troupes. Mais, de plus en plus, c’est de la viande réfrigérée en provenance d’Angleterre et même d’Australie qui sert à fournir les 300 000 rations expédiées quotidiennement de Dunkerque vers le front. A cet effet, un entrepôt frigorifique est spécialement construit sur le port. Le hangar des textiles trouve une nouvelle vocation : 160 fours y sont installés et 3000 soldats se relaient jour et nuit pour y cuire 150 000 pains à destination du front. Dunkerque est devenu le garde-manger de l’armée du nord.

L’intérêt du port ne se limite cependant pas à sa fonction nourricière . Base navale, il abrite de nombreux bâtiments de guerre, français ou anglais : patrouilleurs, torpilleurs, dragueurs, poseurs de mines. L’ensemble est à partir de 1916, sous les ordres du vice-amiral Ronar’ch. Durant toute la durée du conflit l’activité du port se poursuit malgré les attaques sous-marines allemandes. En 1916, la 5° darse est même mise en activité, permettant ainsi d’absorber l’augmentation du trafic portuaire. Les chantiers de France assurent la réparation des navires de guerre endommagés par les mines et les torpilles. Ils se reconvertissent aussi dans la fabrication de matériel de guerre : grenades, obus, affûts de canons.

Le problème de la main d’œuvre se pose rapidement à une époque où toutes les opérations de chargement et déchargement sont largement manuelles. Sur les 4 000 dockers que compte le port en temps ordinaire, 1 500 sont sous les drapeaux. On fait appel à du personnel non spécialisé, à des chômeurs, à du personnel militaire, voire à des prisonniers de guerre. On fait même appel aux femmes. La guerre a d’ailleurs permis à certaines d’entre elles d’obtenir une formation inespérée en temps de paix. Les services de l’armée recherchent des dactylos, des comptables ou des employées aux écritures et la municipalité organise des cours de sténodactylographie pour les femmes privées de ressources. La plupart d’entre elles travaillent cependant dans le textile à la réalisation de vêtements pour l’armée ou de sacs à terre destinés à protéger des bombardements. En 1915 , devant la menace que constitue l’usage par les Allemands de gaz toxiques, les femmes sont mises à contribution, ainsi que les élèves des écoles, pour fabriquer 48 000 baillons couvre-bouche.

En 1915, la base maritime anglaise, pour pallier le manque de personnel qualifié, décide d’utiliser la main-d’œuvre coloniale. Six cents Egyptiens arrivent d’abord à Dunkerque pour travailler sur le port, mais compte tenu de leur effroi lors des bombardements, ils sont rapidement remplacés par plus de 2 000 Chinois. Les conditions de vie de ces travailleurs " exotiques " ne sont guère enviables : ils reçoivent 1 franc 50 par jour pour 10 heures de travail et ne peuvent quitter leur cantonnement situé à Saint-Pol-sur-Mer que munis d’un sauf-conduit et dans un rayon maximum de 15 kilomètres. Les rapports avec la population locale ne sont pas excellents, la méconnaissance voire le mépris de l’étranger ajouté à la crainte de la concurrence dans le monde du travail expliquent les fréquentes bagarres. En mai 1918, le sous-préfet intervient pour demander aux maires " d’inciter leurs concitoyens à la bienveillance envers les populations alliées venues en France prêter leur concours à l’œuvre de défense nationale ".