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DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

AFFICHE DE L’ADMINISTRATION MUNICIPALE DE DUNKERQUE. 1er AOÛT 1914.

 

Après l’attentat de Sarajévo, en Bosnie,la mobilisation commis le 28 juin 1914 contre l’héritier de l’empire austro-hongrois, l’archiduc François Ferdinand, l’engrenage des alliances entraîne une bonne partie de l’Europe dans la guerre. L’Autriche-Hongrie, soutenue par l’Allemagne, déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Aussitôt la Russie mobilise afin de soutenir ses frères slaves . L’Allemagne riposte et entre en guerre contre la Russie le 1er août. Pour honorer l’alliance défensive qu’elle avait signée en 1907 avec le Royaume- Uni et la Russie, la France se doit alors de décréter la mobilisation générale.

 

A Dunkerque, comme dans le reste du pays, l’annonce de la mobilisation , effective à partir de 2 août, éclate comme un coup de tonnerre. Pourtant, depuis quelques jours , plusieurs indices auraient pu alerter la population. Le président de la République, Raymond Poincaré, était en voyage officiel en Russie. Le port de Dunkerque assurait alors des liaisons maritimes régulières avec l’empire de Nicolas II et, à son retour, le président de la République devait passer quelques heures dans notre ville. Une réception avait été prévue et les enfants des écoles avaient préparé à cet effet de nombreuses guirlandes de fleurs de papier pour décorer les rues. Le 26 juillet, le maire de Dunkerque apprend par télégramme que, compte tenu des événements, toutes les cérémonies sont annulées. Le président se rendra directement du port à la gare pour regagner Paris au plus vite. Dès lors , les Dunkerquois craignent le pire : la plage se vide de ses estivants, les banques et les magasins, en revanche, se remplissent de ménagères prudentes qui s’empressent de retirer leurs économies et de constituer des stocks de nourriture.

 

Le télégramme officiel de mobilisation arrive à la poste de Dunkerque dans l’après-midi du 1er août. La nouvelle est annoncée officiellement, avec effet de tocsin et de tambours, au pied de la statue de Jean-Bart , à 18 heures . Tous les hommes mobilisables doivent se rendre, dès le lendemain matin aux casernes Jean Bart ou Guilleminot, afin de connaître leur lieu d’incorporation. Le maire de Dunkerque, Henri Terquem, lui- même mobilisé, est affecté au camp retranché de Dunkerque. Il tient, par cette déclaration, à soutenir le moral de ses concitoyens et à aviver leur flamme patriotique. La précipitation ou l’émotion peuvent aisément expliquer qu’une faute d’orthographe ait échappé à l’imprimeur et le rappel du glorieux passé des enfants de Jean Bart a sûrement aidé les Dunkerquois à supporter le choc de la nouvelle .

 

Pour la ville , les conséquences sont immédiates : l’état de siège est proclamé le 3 août et l’agglomération, qui comptait environ 90000 personnes, devient un camp retranché sous l’autorité du gouverneur militaire, le général Bidon. Les étrangers qui y résidaient (à peu près 4 000 individus) doivent quitter la zone sauf obtention d’un permis de séjour délivré par l’armée. Les personnes originaires d’un pays ennemi sont immédiatement regroupées dans des camps. Pour circuler hors des limites de leur commune les civils doivent se munir d’un sauf-conduit délivré par le maire ou le commissaire de police, les véhicules rapides (automobile ou vélo !) leur sont interdits. Le couvre-feu est établi de 18 heures à 6 heures ( de 21 heures à 4 heures en été). Les théâtres, bals ou cafés-concerts sont fermés. Les cafés ne peuvent recevoir les militaires que de 17 à 20 heures . La consommation d’alcool est surveillée pour préserver la santé de nos armées! La vie s’organise ainsi pour plus de 4 longues années .