Dès la proclamation de létat de siège, le général Bidon
prend des mesures pour organiser la défense du camp retranché de Dunkerque.
Jusquà la fixation du front sur la ligne de lYser, on peut en effet craindre
que lavancée allemande se poursuive jusque Dunkerque. Les réservistes, qui ont la
charge dassurer la protection de la ville, renforcent les défenses
existantes : le fort Castelnau (ou fort Louis), le fort Vallière et le fort de
Petite-Synthe qui dataient de la période de Vauban. Des batteries plus modernes sont
installées à Leffrinckoucke, Zuydcoote et Mardyck. Une tranchée est creusée dans un
rayon de 10 km autour de la ville. Larmée ordonne la démolition de toutes les
constructions légères dans la zone des glacis, notamment sur la place du Kursaal ainsi
que des kiosques de la plage. Certains squares proches des fortifications (le square
Jacobsen ou le square Rombout) sont privés de leurs arbres qui auraient pu offrir une
protection à lennemi. Heureusement les villas en bois de Rosendaël échappent à
la destruction militaire.
Cependant, dans cette région de Flandre maritime où laltitude est bien souvent
inférieure au niveau de la mer,la meilleure défense, si souvent éprouvée par le passé
( en 1583,1646, 1657, 1793 et encore 1814) reste encore linondation des terres. En
fermant les écluses de Gravelines et de Nieuport, on gonfle, à partir du 25 août, les
canaux, qui peu à peu débordent . A lautomne 1914, 7 000 hectares sont ainsi mis
sous eau, et toute la récolte de betteraves est noyée par la même occasion. La zone
inondée forme une barrière protectrice qui sétend à larrière de la ville,
le long du canal de la Colme, de Watten jusque Bergues, puis de Bergues jusque
Hondschoote. Linondation de la région des Moëres, facile et rapide à réaliser,
ne devait intervenir quen cas durgence.
A la fin du mois doctobre, la bataille fait rage le long de lYser entre les
troupes allemandes et alliées. Létat-major craint linvasion de la France et
ne voit quun moyen de bloquer lennemi : linondation de la Flandre
maritime par leau de mer. Louverture des écluses de Dunkerque est prévue
pour le 25 octobre à minuit cest à dire au moment de la grande marée. Le
général Foch, qui a basé son quartier général à Cassel, parvient à éviter cette
catastrophe au tout dernier moment. Larmée belge y est défavorable, craignant
dêtre coupée de ses alliés et isolée face aux allemands. A 23 heures, le
général Bidon reçoit lordre de ne pas ouvrir les écluses. Les Belges ont
accepté le principe d inondations par eau de mer à partir de Nieuport, bloquant ainsi
lavance allemande au prix dun lourd sacrifice .
Au printemps 1915 le front sest stabilisé et les inondations sont donc devenues
inutiles. Avec larrivée de la chaleur, le docteur Beigneux, chef du service de la
santé publique de la place de Dunkerque, craint lapparition de maladies telles que
le paludisme. Il convainc les autorités militaires denvisager lassèchement
de la zone. Les opérations commencent le 7 juin 1915 : pour éviter tout risque
dépidémie, on répand de la chaux, de lhuile ou du pétrole sur ces terres
où quantité de récoltes, mais aussi dinsectes et danimaux se sont
décomposés pendant des mois.
Une nouvelle fois, en avril 1918, on a recours aux inondations protectrices face aux
dernières mais violentes attaques allemandes. La région se retrouve une fois de plus
sous leau douce. Cependant dès le mois daoût le danger est écarté et
lassèchement peut être définitivement mis en uvre.
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PHOTOGRAPHIE DE LA FLANDRE ENTRE BERGUES ET HONDSCHOOTE .
AVRIL 1915 .
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