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DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

LES INONDATIONS DEFENSIVES

 

Dès la proclamation de l’état de siège, le général Bidon prend des mesures pour organiser la défense du camp retranché de Dunkerque. Jusqu’à la fixation du front sur la ligne de l’Yser, on peut en effet craindre que l’avancée allemande se poursuive jusque Dunkerque. Les réservistes, qui ont la charge d’assurer la protection de la ville, renforcent les défenses existantes : le fort Castelnau (ou fort Louis), le fort Vallière et le fort de Petite-Synthe qui dataient de la période de Vauban. Des batteries plus modernes sont installées à Leffrinckoucke, Zuydcoote et Mardyck. Une tranchée est creusée dans un rayon de 10 km autour de la ville. L’armée ordonne la démolition de toutes les constructions légères dans la zone des glacis, notamment sur la place du Kursaal ainsi que des kiosques de la plage. Certains squares proches des fortifications (le square Jacobsen ou le square Rombout) sont privés de leurs arbres qui auraient pu offrir une protection à l’ennemi. Heureusement les villas en bois de Rosendaël échappent à la destruction militaire.
Cependant, dans cette région de Flandre maritime où l’altitude est bien souvent inférieure au niveau de la mer,la meilleure défense, si souvent éprouvée par le passé ( en 1583,1646, 1657, 1793 et encore 1814) reste encore l’inondation des terres. En fermant les écluses de Gravelines et de Nieuport, on gonfle, à partir du 25 août, les canaux, qui peu à peu débordent . A l’automne 1914, 7 000 hectares sont ainsi mis sous eau, et toute la récolte de betteraves est noyée par la même occasion. La zone inondée forme une barrière protectrice qui s’étend à l’arrière de la ville, le long du canal de la Colme, de Watten jusque Bergues, puis de Bergues jusque Hondschoote. L’inondation de la région des Moëres, facile et rapide à réaliser, ne devait intervenir qu’en cas d’urgence.
A la fin du mois d’octobre, la bataille fait rage le long de l’Yser entre les troupes allemandes et alliées. L’état-major craint l’invasion de la France et ne voit qu’un moyen de bloquer l’ennemi : l’inondation de la Flandre maritime par l’eau de mer. L’ouverture des écluses de Dunkerque est prévue pour le 25 octobre à minuit c’est à dire au moment de la grande marée. Le général Foch, qui a basé son quartier général à Cassel, parvient à éviter cette catastrophe au tout dernier moment. L’armée belge y est défavorable, craignant d’être coupée de ses alliés et isolée face aux allemands. A 23 heures, le général Bidon reçoit l’ordre de ne pas ouvrir les écluses. Les Belges ont accepté le principe d inondations par eau de mer à partir de Nieuport, bloquant ainsi l’avance allemande au prix d’un lourd sacrifice .
Au printemps 1915 le front s’est stabilisé et les inondations sont donc devenues inutiles. Avec l’arrivée de la chaleur, le docteur Beigneux, chef du service de la santé publique de la place de Dunkerque, craint l’apparition de maladies telles que le paludisme. Il convainc les autorités militaires d’envisager l’assèchement de la zone. Les opérations commencent le 7 juin 1915 : pour éviter tout risque d’épidémie, on répand de la chaux, de l’huile ou du pétrole sur ces terres où quantité de récoltes, mais aussi d’insectes et d’animaux se sont décomposés pendant des mois.
Une nouvelle fois, en avril 1918, on a recours aux inondations protectrices face aux dernières mais violentes attaques allemandes. La région se retrouve une fois de plus sous l’eau douce. Cependant dès le mois d’août le danger est écarté et l’assèchement peut être définitivement mis en œuvre.

image02.jpg (49320 octets)PHOTOGRAPHIE DE LA FLANDRE ENTRE BERGUES ET HONDSCHOOTE . AVRIL 1915 .