
AFFICHE MUNICIPALE DE LA LISTE DES PRIX NORMAUX. 20 AOUT 1919. |
Pour que les civils tiennent, il ne suffit pas dentretenir leur
moral, il faut aussi subvenir à leurs besoins matériels . Or, dans une économie
amputée dune bonne partie de sa main-duvre et où leffort de
production est orienté vers les besoins militaires, assurer la simple subsistance des
populations civiles nest pas toujours chose aisée.
Dès la déclaration de guerre, la municipalité met en place une aide durgence pour
les familles privées de revenus du fait de la mobilisation dun des leurs, sous la
forme de distribution gratuite de charbon ou de pommes de terre. Elle lance aussi un appel
pressant aux commerçants pour les inciter à ne pas augmenter leurs prix, mais on peut
douter de leffet de cette mesure. Elle sempresse enfin de constituer des
stocks de farine ou de charbon et même des réserves deau au cas où la liaison
avec Houlle viendrait à être interrompue. Les anciennes citernes qui se trouvent près
de Saint-Eloi ou sous la Bourse sont nettoyées et désinfectées puis remplies deau
potable .
Jusque la fin de 1916, les Dunkerquois ne semblent pas souffrir de pénurie. Les commerces
font des affaires grâce à la présence de nombreux soldats, la population restée sur
place ( de 5 000 à 15 000 personnes selon la violence des bombardements) a facilement
trouvé du travail dans les usines reconverties pour la défense nationale. Les femmes de
soldats, elles-mêmes , sont souvent requises pour pallier le manque de main-
duvre. Au pire, du fait de leur condition, elle perçoivent une allocation,
sont exemptes de loyers, et reçoivent des secours en nature. Les prix commencent
cependant peu à peu à grimper avec ce conflit qui séternise, et durant
lété 1916, la ville décide la création dun magasin municipal de
ravitaillement proposant légumes et pommes de terre et auquel on adjoint bientôt une
boucherie. Le charbon se fait rare lors de lhiver 1916-1917, particulièrement
rigoureux . Ladministration en achète directement à Bruay-en-Artois et
réussi à convaincre les états-majors français et anglais den prélever sur leurs
réserves au profit des civils. La pénurie se fait sentir à partir de 1917 et les
premières mesures de rationnement sont mises en place. La récupération est obligatoire
dans les hôpitaux ou les administrations : bouteilles de verre, chiffons, vieux
papiers. Les productions qui intéressent larmée sont strictement
surveillées : la laine est réquisitionnée, les dépositaires de stocks de
pétrole, chiffons, objets en fer blanc doivent en faire la déclaration.
Lexportation de pommes de terre ou de haricots est interdite hors de la zone des
armées. Lemploi du coke domestique doit être strictement limité car il est
indispensable aux usines darmement. La ville elle-même est sommée de réduire son
éclairage public par souci déconomie et doit rendre chaque semestre des comptes
précis au sous-préfet sur la quantité de charbon consommé à cet usage.
Ladministration fait la chasse aux éventuels spéculateurs. En novembre 1917, des
officiers contrôleurs de battage vérifient que les agriculteurs ont bien battu toute
leur récolte sous peine de confiscation.
On en arrive enfin aux véritables restrictions. Des ordres précis de la sous-préfecture
imposent le taux de blutage de la farine, réglementent la vente du pain, interdisent la
consommation de viande le soir dans les restaurants et les établissements publics. Les
pâtisseries et les boucheries doivent fermer certains jours de la semaine pour freiner la
consommation. Finalement des cartes dalimentation sont mises en circulation,
dabord pour le sucre et la viande en mars 1917, avant de se généraliser un an plus
tard. Mais le plus difficile à supporter est la hausse constante des prix. Tandis que les
salaires restent bloqués, la taxation ne touche que quelques denrées comme le pain ou
les pommes de terre. La fixation dun prix maximum fait dailleurs rapidement
disparaître le produit du marché et il faut se résoudre à restaurer le cours libre.
Les produits alimentaires ont ainsi en moyenne plus que quadruplé pendant la guerre et
certaines denrées ont vu leurs prix senvoler : de 1914 à 1920, le kilo de
buf a sextuplé ! La hausse a été du même ordre pour le vin, les fruits et
les légumes. Or cette situation, qui commence relativement tardivement , se poursuit bien
au delà de larmistice . En 1919, les autorités tentent de limiter ce phénomène
en éditant une liste des prix " normaux " et en conseillant ainsi les
consommateurs dans le choix de leurs fournisseurs.
|