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DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

 LE PROBLEME DU RAVITAILLEMENT

 

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AFFICHE MUNICIPALE DE LA LISTE DES PRIX NORMAUX. 20 AOUT 1919.

Pour que les civils tiennent, il ne suffit pas d’entretenir leur moral, il faut aussi subvenir à leurs besoins matériels . Or, dans une économie amputée d’une bonne partie de sa main-d’œuvre et où l’effort de production est orienté vers les besoins militaires, assurer la simple subsistance des populations civiles n’est pas toujours chose aisée.
Dès la déclaration de guerre, la municipalité met en place une aide d’urgence pour les familles privées de revenus du fait de la mobilisation d’un des leurs, sous la forme de distribution gratuite de charbon ou de pommes de terre. Elle lance aussi un appel pressant aux commerçants pour les inciter à ne pas augmenter leurs prix, mais on peut douter de l’effet de cette mesure. Elle s’empresse enfin de constituer des stocks de farine ou de charbon et même des réserves d’eau au cas où la liaison avec Houlle viendrait à être interrompue. Les anciennes citernes qui se trouvent près de Saint-Eloi ou sous la Bourse sont nettoyées et désinfectées puis remplies d’eau potable .
Jusque la fin de 1916, les Dunkerquois ne semblent pas souffrir de pénurie. Les commerces font des affaires grâce à la présence de nombreux soldats, la population restée sur place ( de 5 000 à 15 000 personnes selon la violence des bombardements) a facilement trouvé du travail dans les usines reconverties pour la défense nationale. Les femmes de soldats, elles-mêmes , sont souvent requises pour pallier le manque de main- d’œuvre. Au pire, du fait de leur condition, elle perçoivent une allocation, sont exemptes de loyers, et reçoivent des secours en nature. Les prix commencent cependant peu à peu à grimper avec ce conflit qui s’éternise, et durant l’été 1916, la ville décide la création d’un magasin municipal de ravitaillement proposant légumes et pommes de terre et auquel on adjoint bientôt une boucherie. Le charbon se fait rare lors de l’hiver 1916-1917, particulièrement rigoureux . L’administration en achète directement à Bruay-en-Artois et réussi à convaincre les états-majors français et anglais d’en prélever sur leurs réserves au profit des civils. La pénurie se fait sentir à partir de 1917 et les premières mesures de rationnement sont mises en place. La récupération est obligatoire dans les hôpitaux ou les administrations : bouteilles de verre, chiffons, vieux papiers. Les productions qui intéressent l’armée sont strictement surveillées : la laine est réquisitionnée, les dépositaires de stocks de pétrole, chiffons, objets en fer blanc doivent en faire la déclaration. L’exportation de pommes de terre ou de haricots est interdite hors de la zone des armées. L’emploi du coke domestique doit être strictement limité car il est indispensable aux usines d’armement. La ville elle-même est sommée de réduire son éclairage public par souci d’économie et doit rendre chaque semestre des comptes précis au sous-préfet sur la quantité de charbon consommé à cet usage.
L’administration fait la chasse aux éventuels spéculateurs. En novembre 1917, des officiers contrôleurs de battage vérifient que les agriculteurs ont bien battu toute leur récolte sous peine de confiscation.
On en arrive enfin aux véritables restrictions. Des ordres précis de la sous-préfecture imposent le taux de blutage de la farine, réglementent la vente du pain, interdisent la consommation de viande le soir dans les restaurants et les établissements publics. Les pâtisseries et les boucheries doivent fermer certains jours de la semaine pour freiner la consommation. Finalement des cartes d’alimentation sont mises en circulation, d’abord pour le sucre et la viande en mars 1917, avant de se généraliser un an plus tard. Mais le plus difficile à supporter est la hausse constante des prix. Tandis que les salaires restent bloqués, la taxation ne touche que quelques denrées comme le pain ou les pommes de terre. La fixation d’un prix maximum fait d’ailleurs rapidement disparaître le produit du marché et il faut se résoudre à restaurer le cours libre. Les produits alimentaires ont ainsi en moyenne plus que quadruplé pendant la guerre et certaines denrées ont vu leurs prix s’envoler : de 1914 à 1920, le kilo de bœuf a sextuplé ! La hausse a été du même ordre pour le vin, les fruits et les légumes. Or cette situation, qui commence relativement tardivement , se poursuit bien au delà de l’armistice . En 1919, les autorités tentent de limiter ce phénomène en éditant une liste des prix " normaux " et en conseillant ainsi les consommateurs dans le choix de leurs fournisseurs.