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DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

LA PROTECTION DES CIVILS.

 

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AFFICHE REGLEMENTANT LES SIGNAUX DE SIRENES -14 MAI 1917-

Tout au long de ces années de guerre, c’est sans doute dans le domaine de la protection des civils qu’Henri Terquem déploie le plus d’énergie. Dès l’automne 1914, au lendemain de la première attaque aérienne, la municipalité décide de mettre en place un système permettant d’alerter les populations . On utilise d’abord des moyens rudimentaires : un guetteur , placé en haut du beffroi , prévient par téléphone les pompiers en cas d’arrivée d’un avion ennemi et hisse le drapeau de la ville au sommet de l’édifice. Les curés font sonner le tocsin, pour éviter toute confusion, l’usage des cloches est par ailleurs interdit . Ces mesures s’avèrent cependant rapidement insuffisantes, le drapeau est totalement inutile de nuit, les cloches ne sont pas entendues dans toute la ville et l’ensemble des opérations est beaucoup trop lent. On fait alors appel aux sirènes de brume des bateaux feu, mais là encore les Dunkerquois sont perplexes, ne sachant s’il s’agit d’une alerte où d’un bateau qui entre au port. C’est pourquoi, en avril 1915, une première sirène électrique est placée en haut de la tour du beffroi. Le nombre et la puissance de ces engins sont régulièrement augmentés tout au long de la période. On en compte 7 en 1918, qui sont censés protéger tous les quartiers de la cité. Les incidents restent cependant nombreux, en hiver il arrive que les sirènes gèlent. Heureusement les réparations sont assurées sur place par l’école pratique de commerce et d’industrie. Tous les quartiers ne bénéficient pas de la même protection, la périphérie étant globalement plus exposée que le cœur de la ville. Elle subit d’ailleurs , avec les communes environnantes, Rosendaël, Coudekerque-Branche ou Cappelle-la -Grande, l’essentiel des pertes humaines. Des essais répétés montrent la bonne volonté municipale mais selon l’orientation des vents ou l’importance de la circulation, la sirène placée sur le toit de l’huilerie Marchand , rue de la Verrerie, n’est même pas perceptible par les habitants du Jeu de Mail.
La protection des civils peut aussi être améliorée par la détection précoce des aéroplanes. En septembre 1915, la ville prend contact avec un professeur de la Sorbonne, Monsieur Sagnac , inventeur d’un engin prometteur : le théodolite, sorte de lunette acoustique interférentielle qui permet de déceler, à l’avance, la venue d’avions ennemis. Deux appareils sont expédiés à Dunkerque, les autres étant réservés pour la défense de la capitale. Des plans et des consignes précises doivent permettre d’en construire d’autres sur place dans les locaux de l’école pratique. Leur efficacité ne semble cependant pas totale car Henri Terquem, largement soutenu par le sénateur Jean Baptiste Trystram et occasionnellement par le député Défossé ne cesse de se plaindre auprès du gouvernement de l’état d’insécurité dans lequel on laisse sa commune. Les projecteurs ne sont pas assez puissants et leur efficacité est nulle compte tenu de l’altitude des avions. L’artillerie de DCA est en quantité insuffisante, la taille des canons mal adaptée. Le président du conseil, Painlevé, accompagné du ministre de la guerre, Loucheur et du général Foch profitent d’un voyage en Angleterre pour faire une halte à Dunkerque et constater la situation. Ils font part de leur émotion, encouragent la population et promettent de l’aide : canons de 75, projecteurs plus puissants, avions supplémentaires. Cependant Dunkerque n’est qu’une ville de l’arrière et la priorité est accordée au front. Le gouvernement français espère aussi que les pays alliés, grands utilisateurs du port, participent plus activement à sa défense. Cela explique l’amer constat que fait Jean- Baptiste Trystram en octobre 1917 : Les avions ennemis sont venus sur la ville chaque fois que les conditions climatiques le permettaient. La faiblesse de la défense anti- aérienne est d’ailleurs confirmée par le rapport d’interrogatoire de deux pilotes allemands capturés à Zuydcoote le 2 février 1918. Ils déclarent qu’ils survolaient la ville du sud-ouest au nord-est à une altitude de 2700 à 3000 mètres. Les projecteurs, poursuivent-ils, les gênent bien un peu mais leur servent plutôt de points de repère. Une fois que les aviateurs se trouvent dans le cercle formé par les projecteurs ils savent qu’ils se situent au dessus de la ville et peuvent lâcher leurs bombes ! Les rayons des projecteurs étant souvent dirigé trop bas, les aviateurs peuvent reconnaître les monuments et ceux-ci servent alors de points de repère ! On comprend pourquoi, en 1917, on expérimente deux nouvelles techniques : l’utilisation de fumigènes qui masquent la ville et empêchent l’ennemi de se repérer et la mise en place d’un réseau de câbles tendus en altitude par des ballonnets et dans lesquels les avions allemands sont censés se prendre au piège.
Les précautions traditionnelles restent toujours valables et à partir de janvier 1915 l’éclairage public ou privé est strictement réglementé. Toutes les sources de lumières doivent être masquées sur rues comme sur jardins, les phares des véhicules éteints. L’éclairage des rues est limité à une période si courte que les services de la voirie ont à peine le temps d’allumer tous les becs de gaz( il faut environs 40 minutes pour allumer ou éteindre toute la ville) qu’il est déjà temps de commencer les opérations d’extinction ! Compte tenu des accidents, la municipalité décide d’éclairer les têtes de pont par des lanternes à verres bleus comme il en existe sur le port pour permettre les opérations de nuit. On protège les habitations et les lieux publics avec des sacs de terre, chacun a obligation d’accueillir les passants en cas d’alerte. Un petit drapeau rouge accroché en façade indique toutes les caves susceptibles de servir d’abris . Avec l’aide de l’armée on construit des abris collectifs et on consolide les caves privées. Henri Terquem, arguant du courage dont les Dunkerquois font preuve depuis trois ans et du mauvais état des finances publiques, réussit à faire supporter cette dépense par le budget national. En 1918, 7500 personnes peuvent ainsi trouver refuge pendant les bombardements dans les galeries blindées, les abris sous les remparts ou les caves des bâtiments publics.