image08.jpg (77727 octets)

DUNKERQUE 1914-1918

Une ville à l'arrière du front

LES BOMBARDEMENTS

Compte tenu du rôle vital joué par le port de Dunkerque , tant sur le plan militaire que sur celui du ravitaillement, il n’est pas surprenant que sa destruction soit un objectif constant de l’état-major allemand Trois points sont principalement visés : l’écluse Trystram dont la destruction paralyserait le port tout entier, l’usine hydraulique qui manœuvre les ponts et les écluses et le canal de Furnes qui commande le système des inondations défensives. Par ailleurs, les entrepôts du port, la station d’hydravions, les bases aériennes et les dépôts d’essence sont également régulièrement visés. Malheureusement l’imprécision des tirs est telle que les populations civiles et notamment celles des communes environnantes, moins bien protégées, paient un lourd tribut.
La première attaque allemande, qui est une attaque aérienne, a lieu le 15 octobre 1914 Elle inaugure une longue série qui ne s’achève que le 4 novembre 1918. Entre ces deux dates la ville est régulièrement l’objet d’agressions ennemies avec des périodes de tension plus vives notamment à partir d’août 1917 lors de la bataille des Flandres, ou au printemps 1918, avec la dernière mais violente offensive Allemande. Les attaques sont diverses et peuvent survenir aussi bien par mer, par terre ou par les airs. La ville subit en effet des raids aériens (plus de 175 durant la guerre), larguant bombes ordinaires ou incendiaires, et même le passage mémorable et meurtrier d’un zeppelin qui lâche 9 bombes sur la ville le 2 avril 1916. Les destroyers ennemis envoient depuis le large des torpilles de taille impressionnante (jusque 300 kilos). Enfin des canons à longue portée pilonnent la ville : le Predikboom, puis le Legenboom, situés près d’Ostende, à près de 45 kilomètres entretiennent un climat de terreur parmi la population, en 1915 et à nouveau entre juin 1917 et octobre 1918.
En novembre 1918 le bilan est lourd : 575 morts dont 262 civils et 11O1 blessés dont 345 civils. Certains bombardements ont particulièrement ému la population. Le 30 décembre 1914, plus de 20 bombes s’abattent place Jean-Bart en plein marché. On dénombre 24 morts auxquels la ville fait des funérailles officielles. Un vent de panique souffle sur la cité et plusieurs milliers de Dunkerquois préfèrent se réfugier dans les villages aux alentours. Le 10 septembre 1917 la maternité de Rosendaël est en partie détruite, on déplore 6 morts dont un nouveau-né. L’horreur de cette tragédie est dépassée lorsque deux jours plus tard un train de soldats belges est atteint par une torpille dans la gare de cette même localité, tuant 26 militaires ainsi que les trois jeunes enfants de la garde-barrière. Beaucoup de victimes périssent aussi ensevelies dans les caves où elles avaient cherché refuge, des familles entières sont ainsi parfois anéanties. L’église Saint-Eloi ,déjà touchée en 1915, est en grande partie détruite le 29 septembre 1917.
Si les toutes premières victimes sont des curieux, comme cette jeune femme tuée le 24 octobre 1914 alors qu’elle regardait le bombardement de sa fenêtre, la majeure partie des Dunkerquois prend l’habitude de gagner les abris en cas d’alerte et une vie souterraine s’organise. On aménage un minimum de confort pour les longues heures de nuit qu’il faut y passer. Cependant une certaine indiscipline reste de mise. En juillet 1918 le commissaire de police se plaint du fait que beaucoup de gens sont dans les rues même pendant les bombardements et qu’il faut un service d’ordre pour empêcher les vols dans les magasins dont les portes ou les vitrines ont été arrachées. Le maire lui- même rappelle ses concitoyens à l’ordre par voie d’affiche. Il y invite fermement la population à rester chez elle au lieu de regarder les avions et les bombes tomber. Cette mise en garde lui vaut une amusante réponse du chroniqueur du Figaro qui dans son journal lui rappelle que bien qu’il ait parfaitement raison d’inciter ses concitoyens à la prudence, il sera néanmoins très fier après guerre de ces Dunkerquois qui n’avaient pas peur des avions ennemis !

image07.jpg (66579 octets)

PHOTOGRAPHIE DE DUNKERQUOIS DEVANT LES RUINES DE LEUR MAISON. 8 NOVEMBRE 1917