Compte tenu du rôle vital joué par le port de Dunkerque , tant sur le
plan militaire que sur celui du ravitaillement, il nest pas surprenant que sa
destruction soit un objectif constant de létat-major allemand Trois points sont
principalement visés : lécluse Trystram dont la destruction paralyserait le
port tout entier, lusine hydraulique qui manuvre les ponts et les écluses et
le canal de Furnes qui commande le système des inondations défensives. Par ailleurs, les
entrepôts du port, la station dhydravions, les bases aériennes et les dépôts
dessence sont également régulièrement visés. Malheureusement limprécision
des tirs est telle que les populations civiles et notamment celles des communes
environnantes, moins bien protégées, paient un lourd tribut.
La première attaque allemande, qui est une attaque aérienne, a lieu le 15 octobre 1914
Elle inaugure une longue série qui ne sachève que le 4 novembre 1918. Entre ces
deux dates la ville est régulièrement lobjet dagressions ennemies avec des
périodes de tension plus vives notamment à partir daoût 1917 lors de la bataille
des Flandres, ou au printemps 1918, avec la dernière mais violente offensive Allemande.
Les attaques sont diverses et peuvent survenir aussi bien par mer, par terre ou par les
airs. La ville subit en effet des raids aériens (plus de 175 durant la guerre), larguant
bombes ordinaires ou incendiaires, et même le passage mémorable et meurtrier dun
zeppelin qui lâche 9 bombes sur la ville le 2 avril 1916. Les destroyers ennemis envoient
depuis le large des torpilles de taille impressionnante (jusque 300 kilos). Enfin des
canons à longue portée pilonnent la ville : le Predikboom, puis le Legenboom,
situés près dOstende, à près de 45 kilomètres entretiennent un climat de
terreur parmi la population, en 1915 et à nouveau entre juin 1917 et octobre 1918.
En novembre 1918 le bilan est lourd : 575 morts dont 262 civils et 11O1 blessés dont
345 civils. Certains bombardements ont particulièrement ému la population. Le 30
décembre 1914, plus de 20 bombes sabattent place Jean-Bart en plein marché. On
dénombre 24 morts auxquels la ville fait des funérailles officielles. Un vent de panique
souffle sur la cité et plusieurs milliers de Dunkerquois préfèrent se réfugier dans
les villages aux alentours. Le 10 septembre 1917 la maternité de Rosendaël est en partie
détruite, on déplore 6 morts dont un nouveau-né. Lhorreur de cette tragédie est
dépassée lorsque deux jours plus tard un train de soldats belges est atteint par une
torpille dans la gare de cette même localité, tuant 26 militaires ainsi que les trois
jeunes enfants de la garde-barrière. Beaucoup de victimes périssent aussi ensevelies
dans les caves où elles avaient cherché refuge, des familles entières sont ainsi
parfois anéanties. Léglise Saint-Eloi ,déjà touchée en 1915, est en grande
partie détruite le 29 septembre 1917.
Si les toutes premières victimes sont des curieux, comme cette jeune femme tuée le 24
octobre 1914 alors quelle regardait le bombardement de sa fenêtre, la majeure
partie des Dunkerquois prend lhabitude de gagner les abris en cas dalerte et
une vie souterraine sorganise. On aménage un minimum de confort pour les longues
heures de nuit quil faut y passer. Cependant une certaine indiscipline reste de
mise. En juillet 1918 le commissaire de police se plaint du fait que beaucoup de gens sont
dans les rues même pendant les bombardements et quil faut un service dordre
pour empêcher les vols dans les magasins dont les portes ou les vitrines ont été
arrachées. Le maire lui- même rappelle ses concitoyens à lordre par voie
daffiche. Il y invite fermement la population à rester chez elle au lieu de
regarder les avions et les bombes tomber. Cette mise en garde lui vaut une amusante
réponse du chroniqueur du Figaro qui dans son journal lui rappelle que bien quil
ait parfaitement raison dinciter ses concitoyens à la prudence, il sera néanmoins
très fier après guerre de ces Dunkerquois qui navaient pas peur des avions
ennemis !
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 PHOTOGRAPHIE DE DUNKERQUOIS DEVANT LES
RUINES DE LEUR MAISON. 8 NOVEMBRE 1917 |