2.3  Evaluation de la pollution
par étude des associations lichéniques


La technique anglaise mise au point en 1970 par Hawksworth et Rose est difficilement utilisable pour notre cartographie de la qualité de l'air. Plusieurs raisons peuvent être données :
- La régression constante de la pollution par le SO2 (les listes avaient été établies en période de pollution croissante où SO2 dominait nettement les autres polluants).
- Nécessité de connaître un nombre assez important d'espèces lichéniques caractéristiques des diverses zones de pollution (environ 80).
- Les essences plantées en France n'ont pas les mêmes distributions de fréquence qu'en Grande-Bretagne et certains bons supports comme les ormes ont totalement disparu.
- Les conditions écologiques (hygrométrie, vents...) ne sont pas tout à fait identiques au modèle que l'on rencontre en Grande-Bretagne.

 

Une technique nouvelle a été proposée en 1986 par C. VAN HALUWYN et M. LEROND, l'évaluation par étude des associations lichéniques.

 

Pour établir l'échelle de correspondance entre lichens et pollution, les techniques de la phytosociologie ont été utilisées. Une communauté de lichens apporte plus de renseignements qu'un seul individu pris isolément. Lors de l'augmentation de pollution, les communautés lichéniques se fragmentent en de nouveaux groupements (contenant moins d'espèces) dont l'évolution reste bloquée, ou en groupements relictuels qui sont des altérations des communautés initiales.

Ces études ont permis de sélectionner un petit nombre d'espèces caractéristiques d'une région donnée, à une époque donnée, choisies pour leur facilité d'identification (même par des non spécialistes), et de mettre au point une échelle comprenant 7 zones de pollution notées de A à G :

- A est la zone où la pollution est à son maximum, le SO2 est extrêmement actif, aucun lichen corticole ne survit (véritable désert lichénique).

- B, C et D correspondent à des zones de très forte, forte, assez forte pollution ; dans la zone D les arbres présentent moins de 10 espèces lichéniques différentes (surtout des lichens crustacés).

- E est une zone de pollution moyenne avec apparition de quelques foliacés et un fruticuleux.

- F et G sont des zones de faible ou très faible pollution et la richesse en lichens devient très significative ; certains troncs sont fortement recouverts de foliacés et de fruticuleux.

 

ZONES

Niveau de pollution

LICHENS RECENSES

Zone A

pollution extrêmement forte

Pleurococcus viridis (algue)

Zone B

pollution très forte

Buellia punctata
Lecanora conizaeoides

Zone C

pollution forte

Lecanora expallens
Lepraria incana

Zone D

pollution assez forte

Diploicia canescens
Lecidella elaeochroma
Phaeophyscia orbicularis
Physcia tenella
Xanthoria polycarpa

Zone E

pollution moyenne

Candelariella xanthostigma
Evernia prunastri
Hypogymnia physodes
Parmelia sulcata
Physcia adscendens
Physconia grisea
Pseudevernia furfuracea
Xanthoria parietina

Zone F

pollution faible

Parmelia acetabulum
Parmelia caperata
Parmelia glabratula
Parmelia pastillifera
Parmelia soredians
Parmelia subaurifera
Parmelia subrudecta
Parmelia tiliacea
Pertusaria amara
Pertusaria pertusa
Phlyctis argena
Ramalina farinacea
Ramalina fastigiata
Xanthoria candelaria

Zone G

pollution très faible

Anaptychia ciliaris
Parmelia perlata
Parmelia reticulata
Parmelia revoluta
Physcia aipolia
Physconia distorta (= pulverulacea)
Ramalina fraxinea

Echelle d'estimation de la qualité de l'air de la moitié nord de la France
(d'après Van Haluwyn et Lerond - 1986 - modifié en 1997)

Cette méthode présente plusieurs avantages :

Facilité d'utilisation : la connaissance de 10 à 15 espèces suffit pour cartographier les zones A à E, cartographie qui correspond à ce qui existe dans la plupart des villes, où l'on assiste à une amélioration de la qualité de l'air au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre ville, ou de certaines sources de pollutions.

Possibilités d'adapter la méthode au niveau de précision souhaité.
- Un simple relevé d'espèces permet la classification dans une zone lors d'un diagnostic ponctuel.
- Un relevé plus complet dans lequel on attribue à chaque espèce recensée un coefficient d'abondance-dominance en fonction de l'importance dans l'association.
- Des mesures de tailles de thalles, de hauteurs sur les troncs peuvent également être faites en vue de comparaisons futures lors du suivi des sites.

i
individu seul
+
individus peu nombreux - Recouvrement inférieur à 1 %
1
individus peu nombreux - Recouvrement de 1 à 5 %
2
Recouvrement de 5 à 25%
3
Recouvrement de 25 à 50 %
4
Recouvrement de 50 à 75 %
5
Recouvrement supérieur à 75 %
j
juvénile
f
fertile (alors qu'ilest habituellement stérile dans la région concernée)
n
nécrosé

L'utilisation des relevés lichénosociologiques avec cœfficient d'abondance-dominance permet de voir quand une espèce apparaît, est en plein développement, régresse puis disparaît. Des relevés réalisés sur les mêmes arbres à quelques années d'intervalle, permettent d'estimer la progression ou la régression de la pollution dans certains secteurs, donc de suivre l'évolution de la pollution dans l'espace et le temps.

Remarque : D'autres techniques lichéniques existent actuellement pour quantifier les pollutions. Elles sont toutefois réservées à des laboratoires spécialisés, qui parfois étudient la réponse d'un constituant cellulaire (ex : l'activité de la phosphatase chez Hypogymnia physodes) à un polluant donné ; le lichen se comporte alors en capteur biologique d'une grande fiabilité.

 

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