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Un lycée pour le XXIe siècle
La voie professionnelle:
L'enseignement professionnel intégré
(Projet soumis à
concertation avec l'ensemble des partenaires)
L'enseignement professionnel a acquis ses lettres de noblesse. Il constitue désormais un élément essentiel du système de formation et d'éducation français. A l'orée du XXIème siècle, il doit lui aussi s'adapter sans renier ses principes fondateurs. C'est pourquoi, ce document a vocation à trouver toute sa place dans la charte pour la réforme du lycée.
Ce texte se propose de rassembler les principes
qui doivent guider cette rénovation. Elle se fera progressivement et en concertation avec
tous les partenaires du système éducatif et du secteur des professions.
Le lycée professionnel du troisième millénaire
La logique pédagogique de l'enseignement professionnel résulte d'un équilibre entre la formation générale, la formation professionnelle et l'environnement économique. Elle permet ainsi aux élèves de recevoir une formation professionnelle tout en accédant à la culture que doit recevoir tout lycéen. Cette logique pédagogique fonde la spécificité et l'identité de l'enseignement professionnel. Les stagiaires de la formation continue et les apprentis doivent y trouver naturellement leur place : la formation qu'ils reçoivent est, comme celle des élèves, adaptée à leurs acquis et à leurs besoins.
C'est aussi un espace dans lequel tous les publics, élèves de l'enseignement professionnel, apprentis ou stagiaires de la formation professionnelle, font l'apprentissage de la citoyenneté, en même temps qu'ils acquièrent les aptitudes nécessaires à l'exercice de leur vie professionnelle.
Enfin, l'éducation physique, les enseignements artistiques et les activités sportives et culturelles, ainsi que l'éducation civique, juridique et sociale, font l'objet de nombreuses actions dans les lycées professionnels, soit dans le cadre, soit en complément des programmes. Un bilan en sera effectué afin de développer l'existant et de l'étendre à de nouveaux établissements.
Un enseignement intégré
L'identité du lycée professionnel ne peut désormais se concevoir qu'en partenariat avec les professions autour de spécialités identifiées, en prenant largement en compte la réalité de l'environnement économique de l'établissement et la demande sociale des familles. Toute la formation est donnée au lycée et en entreprise sans pour autant que la démarche pédagogique ne soit jamais absente dans une continuité à construire.
Dans un souci de clarification, il est proposé de redessiner progressivement la carte régionale des formations en favorisant l'émergence de pôles d'enseignement professionnel (lycée de l'automobile, de la mode, de l'hôtellerie, etc...) tout en tenant compte des capacités d'hébergement existantes et à prévoir pour les élèves (internats, foyers..).
L'enseignement professionnel intégré s'appuie sur une démarche pédagogique qui, construite au cas par cas, doit bénéficier à tous les élèves. Elle doit s'adapter aux rythmes et aux spécificités des différents métiers ainsi qu'au niveau de la formation suivie.
En début de cursus, les périodes de formation en entreprise étant plus profitables quand un minimum de compétences est déjà acquis, elles auront pour vocation de faire prendre conscience des exigences de la vie professionnelle, y compris celles qui concernent la formation générale.
Les périodes en entreprise, leurs durées et leurs modalités seront négociées au cas par cas avec les branches professionnelles en tenant compte des contraintes de chacun des partenaires : l'Éducation nationale affirmera dans cette concertation la nécessité de garantir la qualité pédagogique.
Un véritable contrat, dont la dimension pédagogique doit être affirmée, liera l'entreprise, l'établissement et l'élève. Afin de garantir la continuité pédagogique de la formation, ce contrat indiquera notamment les activités professionnelles qui seront confiées à l'élève, les modalités de son encadrement par un tuteur désigné et les objectifs qui devront être atteints et évalués à l'issue de la période en entreprise
Un coordonnateur sera désigné, au niveau des académies et, en fonction des moyens disponibles, dans les établissements. Quand il ne s'agira pas du chef de travaux, cette fonction devra s'articuler avec celle de ce dernier et des professeurs principaux. Ce coordonnateur fera le lien avec les milieux économiques. Il identifiera avec eux leurs préoccupations de recrutement ou de formation de leurs personnels ainsi que leurs projets techniques susceptibles d'utiliser des potentialités qu'offre l'équipement des lycées.
Les coordonnateurs académiques seront également les correspondants de la mission nationale Éducation-Économie-Emploi, qui aura pour fonction d'être à la fois un observatoire des professions et une instance de programmation et de prévision des évolutions de l'économie et des besoins du système éducatif.
Les plates-formes techniques des établissements doivent pouvoir bénéficier à leur environnement économique, notamment aux PME/PMI. Des modalités juridiques (Groupement d'Intérêt Public) sont prévues dans la loi sur l'innovation et des contrats types seront proposés aux enseignants volontaires souhaitant s'associer à ces coopérations technologiques. Elles devront être bénéfiques pour les deux parties.
Les diplômes rénovés de l'enseignement professionnel
L'enseignement professionnel du second degré prépare à des diplômes nationaux professionnels de niveau V (Certificat d'Aptitude Professionnelle, Brevet d'Études Professionnelles), et IV (Baccalauréat Professionnel). Ces diplômes ont une double fonction : ils attestent d'un niveau de culture générale, comme, bien entendu, de la maîtrise de compétences et de savoir-faire professionnels reconnus. Ils sont en effet conçus dans le cadre des commissions professionnelles consultatives dans lesquelles les secteurs professionnels concernés sont largement représentés et font valoir leurs besoins. Les jurys de ces diplômes font appel à des professionnels en exercice.
Rénovation des diplômes
Pour permettre à tous ceux qui veulent quitter le système éducatif avec une qualification identifiée ou y revenir aisément, ces diplômes font l'objet de modalités de certification modulaire adaptées à la diversité des accès à la qualification des candidats (formation initiale sous statut scolaire, apprentissage, formation continue).
En formation initiale, ces modules correspondent aux acquis de la formation. Pour les adultes en reprise d'études, ils devront correspondre à des blocs d'activités professionnelles identifiés et reconnus permettant la validation diplômante des acquis professionnels. Suivant les cas, ces modules pourront donc être identiques ou différents. En vue de faciliter la tâche des jurys de validation diplômante des acquis professionnels, des recherches d'équivalences ou de rapprochements entre ces modules et ceux pratiqués dans certains systèmes de certification non diplômants existants seront entreprises.
L'éventail des diplômes professionnels s'est profondément élargi au cours de ces vingt dernières années. Ainsi le baccalauréat professionnel a été créé en 1985 pour traduire dans l'offre de formation professionnelle initiale l'élévation des qualifications dont l'économie ressentait la nécessité. Aujourd'hui, la rénovation des diplômes de niveau V est devenue indispensable pour tenir compte du développement d'emplois à ce niveau de qualification qui s'avèrent en expansion et pour clarifier les rôles respectifs du CAP et du BEP.
Cette rénovation se donne les principes suivants :
Le CAP est un diplôme professionnel largement reconnu dans les conventions collectives. Comme le montrent les études du Centre d'Études et de Recherches sur les Qualifications, le CAP joue un rôle de protection contre le chômage et l'exclusion. C'est donc vers ce diplôme que devraient s'orienter en priorité les jeunes qui souhaitent s'insérer rapidement à ce niveau de qualification. C'est ce diplôme qui devrait être plus particulièrement détenu par tout jeune quittant le système éducatif avant le niveau de formation du baccalauréat conformément à l'esprit de la loi d'orientation sur l'éducation de 1989.
Son objectif professionnel d'insertion immédiate doit en faire un diplôme dont la préparation (niveau d'entrée, conditions d'accès, durée de formation...) s'adapte aux acquis et aux besoins des jeunes qui souhaitent l'obtenir. Sa préparation doit être largement offerte dans les lycées professionnels, particulièrement dans les secteurs où il est très demandé par les entreprises. La préparation à des CAP répondant aux besoins des métiers doit être conçue pour permettre la prise en compte des acquis de section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA).
La préparation du Baccalauréat professionnel commence en règle générale par un BEP. Dans ce cas, il convient de concentrer les périodes de formation en entreprise au cours de la période de préparation du Baccalauréat professionnel, et d'en alléger corrélativement la préparation du BEP.
Cependant, dans certaines branches, le BEP est aussi un diplôme reconnu en termes d'insertion. Une discussion avec les branches professionnelles déterminera alors la formation nécessaire pour compléter utilement la qualification reçue en BEP. Le déroulement de cette formation recourra essentiellement à la pratique professionnelle en entreprise. Afin de ne pas allonger inutilement les études, ce complément sera limité au strict nécessaire (pas plus de six mois). Cette qualification devra être sanctionnée par un diplôme reconnu, et notamment par le CAP. Cette formule de préparation directe à l'exercice d'un métier pourra être préférée dans bien des cas à la préparation d'une mention complémentaire ou au suivi d'une formation complémentaire d'initiative locale (FCIL) dans la mesure où elle débouche sur un diplôme. Les élèves seraient ainsi titulaires du BEP et du CAP.
Le Baccalauréat professionnel a pour objet l'insertion professionnelle de ses titulaires à un niveau de qualification reconnu qui a su répondre à des exigences nouvelles du marché du travail. Il peut permettre la poursuite d'études notamment vers le BTS, dans des conditions de préparation qui devront faciliter la réussite.
L'organisation de l'enseignement dans certaines formations de techniciens supérieurs en lycée professionnel, devra prendre en compte les points forts acquis dans le champ professionnel par les élèves titulaires du Baccalauréat professionnel. Le choix de leur localisation fera l'objet d'une attention particulière. Elle tiendra compte des sections existantes et de leurs capacités d'adaptation, mais aussi de la compétence des lycées professionnels et de celle de leurs professeurs.
Au cours de la préparation à chacun de ces diplômes, un volume horaire important (de l'ordre de 250 heures) sera consacré à la réalisation de projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (Le projet porte sur la durée complète de la formation, son horaire est indicatif. La typologie des réalisations (une ou plusieurs suivant la branche et le niveau) qu'il propose aux élèves sera précisée en CPC. Il reprendra les volumes horaires antérieurement consacrés aux modules et ne pourra se traduire en aucune façon par une réduction d'horaires des disciplines ou une augmentation des obligations de service des enseignants). Au cours de ces projets animés par l'équipe pédagogique, une aide individualisée sera apportée aux élèves en difficulté.
Les Élèves
Statut de l'élève
Dans les lycées professionnels les élèves sont presque toujours majeurs : ils doivent être considérés comme tels dans les relations que l'administration entretient avec eux. Ils doivent pouvoir gérer par eux-mêmes l'essentiel de leur vie sociale.
Souvent issus de milieux modestes, ces jeunes adultes ont à faire face à des frais particuliers liés à leur équipement et à leur activité en entreprise (déplacements, logement, nourriture). Leur statut doit donc faire l'objet d'une réflexion.
Recrutement des élèves
Le choix du lycée professionnel doit valoriser ceux qui s'y orientent. Des campagnes nationales, régionales et locales seront organisées régulièrement en direction des collèges et des autres établissements pour mieux faire connaître les perspectives d'emplois qu'offre l'enseignement professionnel intégré. Les professeurs de lycées professionnels volontaires seront associés à ces campagnes.
La réorientation d'élèves vers l'enseignement professionnel est parfois souhaitable. Il faut qu'elle soit toujours accompagnée de dispositions permettant d'assurer la réussite des élèves en leur garantissant le rattrapage des pré-requis professionnels qui assure la cohérence du parcours. Symétriquement, les réorientations vers les classes de l'enseignement technologique n'ont pas pour vocation d'aboutir à un filtrage sélectif des meilleurs élèves de lycée professionnel, mais de permettre à ceux qui le souhaitent et qui en ont la possibilité de s'engager dans la voie la plus adaptée à leur volonté.
Débouchés des élèves
L'insertion professionnelle doit être l'objectif de l'élève du lycée professionnel. Les coordonnateurs des relations avec les milieux économiques travailleront à faciliter les actions organisées par les établissements pour faciliter l'insertion des élèves en liaison avec les professeurs principaux et les chefs des travaux : contacts avec les entreprises, initiation aux techniques de recherche d'emploi avec le concours de conseillers professionnels, liaisons avec les organismes chargés de l'emploi, etc. Par exemple, les établissements aideront les élèves qui en ont la capacité et qui ont choisi de poursuivre des études après le Baccalauréat professionnel, à rechercher la section de techniciens supérieurs (STS) la mieux adaptée.
À cette fin l'on encouragera la constitution d'associations d'anciens élèves.
Les Enseignants
Les professeurs de lycées professionnels seront formés aux spécificités de l'enseignement professionnel intégré. Les modalités d'exercice des enseignants tiendront compte de la diversité des activités pédagogiques qui leur incombent : enseignement proprement dit, aide aux élèves, pilotage de projets. En particulier, les activités pédagogiques confiées aux enseignants et correspondant aux périodes pendant lesquelles tout ou partie de leurs élèves sont en entreprise feront l'objet d'un examen et d'une concertation spécifiques.(C'est dans ce cadre que la question de la distinction entre enseignement théorique et enseignement pratique sera discutée)
Pour les disciplines techniques d'enseignement professionnel, on recherchera les modalités permettant aux candidats de valoriser dans les épreuves des concours de recrutement leur expérience professionnelle dans la discipline qu'ils souhaitent enseigner.
Dans les Instituts Universitaires de Formation des maîtres (IUFM), les futurs enseignants de lycées professionnels seront formés à la démarche pédagogique de l'enseignement professionnel intégré. Pour leur permettre de mettre en oeuvre, nonseulement les activités de leur champ disciplinaire, mais également les pratiques professionnelles qui seront exigées de leurs élèves, un ensemble de stages professionnels en entreprise leur sera systématiquement proposé.
De tels stages devront être renouvelés au début de leur carrière puis périodiquement. Par exemple, on pourra organiser des stages d'été. Ces stages devront pouvoir être valorisés au cours de la carrière des enseignants.